Allier biodiversité et rénovation énergétique des bâtiments
Alors que la faune inféodée au bâti est en déclin, il est primordial de prendre en compte la biodiversité lors des opérations de rénovation. En préservant les habitats existants, en intégrant de nouveaux abris et en créant des espaces végétalisés, la rénovation énergétique, indispensable pour lutter contre la chaleur dans les bâtiments, devient une opportunité pour le vivant.
Le bâti occupe une place essentielle pour la biodiversité urbaine : de nombreuses espèces, comme les oiseaux ou chauves-souris, dépendent directement des bâtiments et de leurs anfractuosités pour se nourrir, se reproduire et se protéger, alors même que le réchauffement climatique modifie profondément leurs conditions de vie.
Or, les rénovations énergétiques, indispensables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et adapter le bâti à la surchauffe, transforment massivement ces habitats. Sans précaution, elles peuvent fragiliser les espèces du bâti. En revanche, bien conçues, elles peuvent préserver voire améliorer la qualité des habitats, en favorisant la végétation et en limitant l’artificialisation des sols.
Points forts
Une approche sur-mesure pour des solutions simples et modulables
Prise en compte de la biodiversité dès la conception pour éviter la destruction des habitats, les coûts et retards
Valorisation du bâti existant (conservation des cavités, corniches et aspérités utiles aux espèces)
Renforcement des continuités écologiques urbaine
Adaptabilité aux contraintes architecturales, patrimonialeset techniques grâce à des solutions multiples
Respect de la réglementation (conformité avec la loi sur les espèces protégées, réduction des risques juridiques et des arrêts de chantier)
Ainsi, en l’absence de mesures adaptées, les rénovations énergétiques peuvent accentuer ce déclin en entraînant la destruction d’habitats (fissures, cavités) et en perturbant les cycles biologiques lorsque les travaux ont lieu durant des périodes sensibles telles que la nidification.
La rénovation énergétique d’un bâtiment comme opportunité pour la biodiversité
"Certains bâtiments agissent comme des barrières ou des pièges pour la faune. Au contraire, d’autres permettent au végétal de s’y implanter et cette flore fournit à la fois des fruits, du nectar et du pollen pour l’alimentation d’oiseaux et d’insectes et peut aussi constituer des zones de repos et de reproduction"– Plante & Cité.
Les rénovations énergétiques sont indispensables pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. De plus, elles ne sont pas nécessairement synonymes d’une aggravation de la crise de la biodiversité lorsqu’elles sont conçues de manière adaptée. Au contraire, en rénovant l’existant, elles permettent d’éviter la consommation de nouvelles terres non artificialisées, alors que l’artificialisation constitue la première pression sur la biodiversité. Certaines techniques, comme l’isolation thermique par l’extérieur (ITE), offrent désormais la possibilité d’intégrer des dispositifs favorables à la faune, tels que des nichoirs directement dans l’isolant, sans impact sur l’esthétique des façades. Par ailleurs, les chantiers de rénovation peuvent aussi être l’occasion de créer de nouveaux espaces pour la faune et la flore par la renaturation, à l’aide de palettes végétales adaptées, les cours d’immeubles, les écoles, les toitures ou les murs.
Une obligation légale
Les espèces du bâti (Martinet noir, Moineau domestique, Hirondelle de fenêtre, toutes les espèces de chauves-souris...) sont protégées par la loi (article L.411-1 et suivants du code de l’environnement et directives européennes Oiseaux de 1979 et Habitats de 1992).
Cette protection s’étend :
Aux individus : interdiction de destruction, de mutilation, de capture ou d’enlèvement, de perturbation intentionnelle, de naturalisation
Aux œufs et sites de nidification/reproduction (nids occupés ou non par les espèces ainsi que les cavités, fissures et autres espaces utilisés) : interdiction de l’enlèvement, ainsi que la destruction, l’altération ou la dégradation de leurs milieux même hors période de présence
Ainsi, entreprendre des travaux de rénovation du bâti durant la période de nidification ou de reproduction - par exemple au printemps pour les oiseaux - entraînant la destruction de sites de nidification, sans autorisation préfectorale, constitue un délit passible de jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150.000€ d’amende (article L415-3 du Code de l’environnement). Pour les personnes morales, l’amende est de 750.000€.
Il est possible de demander une dérogation espèces protégées aux DREAL/DDTM/DRIEAT. Il faut répondre à des conditions précises : absences de solutions alternatives satisfaisantes et maintien des populations d’espèces dans un état de conservation favorable. Alors, des mesures d’évitement, de réduction et/ou de compensation de l’impact sur la biodiversité causé par l’opération seront prescrites (voir article L411-2 du code de l’environnement). L’évitement doit être priorisé, puis la réduction. Enfin, la compensation n’intervient qu’en dernier recours quand les impacts n’ont pu être évités ou suffisamment réduits.
Attention : certains projets (en fonction de l’emprise au sol ou de la zone) où peuvent être soumis à une étude d’impact (article L122-1 du code de l’environnement).
« Au regard de la législation, le maître d’ouvrage est responsable des impacts que va avoir le projet sur l’environnement et les espèces présentes sur le bâtiment. Ainsi, l’accompagnement par un écologue est le seul moyen pour prendre en compte la biodiversité et éviter un risque juridique » - LPO
Respecter la réglementation permet d’éviter :
Un arrêt de chantier
De lourdes amendes
Le retard sur livraison
Une mauvaise réputation
Un risque juridique notamment pour le maître d’ouvrage.
En savoir plus sur la réglementation : LPO - Fiche 9
Les espèces inféodées au bâti utilisent les bâtiments pour tout ou partie de leur cycle biologique : s’abriter, nicher, hiberner, se reproduire.
C’est le cas de nombreux oiseaux comme le Moineau domestique, l’Hirondelle de fenêtre, le Martinet noir, mais aussi des chauves-souris telles que la Pipistrelle commune ou la Sérotine commune. On retrouve également des reptiles, insectes, arachnides, amphibiens ou mammifères qui utilisent les bâtiments ou leurs abords (zones humides, espaces végétalisés, arbres).
Ces espèces exploitent un large éventail d’anfractuosités et de cavités dans toutes les parties des bâtiments (murs, toits, etc.), comme le montre le schéma ci-dessous :
Chaque projet étant différent, il n’existe pas d’action unique à réaliser, mais plutôt des étapes à suivre pour intégrer la biodiversité à l’ensemble du projet et éviter des déconvenues juridiques, financières ou de planning. Pour cela, le repérage en amont, le diagnostic écologique et la réalisation des travaux en dehors des périodes sensibles sont de mises, en lien avec un écologue !
Phase conception
1. S’informer Avant le lancement du projet, il est essentiel d’intégrer les enjeux biodiversité dans la réflexion globale. Pour cela, les parties prenantes (maître d’ouvrage, maître d’œuvre, collectivités, bailleurs, etc.) peuvent s’appuyer sur des associations de protection de la nature et consulter les ressources techniques disponibles.
2. Mener un diagnostic écologique C’est une étape clef pour identifier la présence ou non de faune et flore sur site. De plus, lorsqu’une espèce est présente dans le bâti, il est très probable qu’elle soit protégée : c'est donc indispensable de le vérifier en amont.
A l’échelle du bâtiment ou même du quartier, le diagnostic écologique est essentiel pour :
Garantir le respect de la réglementation
Anticiper la prise en compte de la biodiversité
Eviter un arrêt de chantier ainsi que des surcoûts
Associer un écologue ou une association de protection de la nature en assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) dès la conception du projet. L’écologue accompagne le maître d’ouvrage dans l’analyse des impacts des travaux sur la biodiversité, l’identification et la mise en œuvre des mesures de protection, ainsi que dans l’appui technique à la constitution d’un dossier de dérogation le cas échéant.
Sélectionner les entreprises compétentes (expérience dans la pose de nichoirs, gestion de chantiers sensibles, etc.) et proposant des solutions adaptées à la biodiversité (ex. nichoirs intégrés à l’ITE).
Sensibiliser et former les acteurs du chantier (charte de chantier, réunions, formations) notamment avec l’aide de l’écologue.
4. Conception du projet en intégrant la biodiversité La biodiversité doit être intégrée à toutes les dimensions du projet : planning, choix techniques, réglementaires et architecturaux.
Intégrer des solutions adaptées aux espèces du bâti : en veillant en priorité à la préservation de l’existant (cavités ou éléments architecturaux) et, si nécessaire en ajoutant de nouveaux éléments architecturaux ou des habitats artificiels (nichoirs, gîtes). La phase travaux doit également être prise en compte afin de prévenir les impacts sur les espèces présentes, notamment par la mise en place d’aménagements temporaires si besoin (voir LPO - fiche 10).
Adapter le planning des travaux à partir des résultats du diagnostic écologique afin d’éviter au maximum les impacts négatifs, conformément à la séquence ERC (Éviter, Réduire, Compenser). La planification avec l’écologue est essentielle pour éviter les périodes sensibles (reproduction, hibernation…), propres à chaque espèce.
Anticiper les impacts des mesures pour la biodiversité sur les normes techniques du bâtiment : l’installation de nichoirs, notamment intégrés à une isolation thermique par l’extérieur (ITE), peut générer des déperditions thermiques. (voir LPO - fiche 12)
Réaliser les démarches administratives et réglementaires : dépôt de la déclaration préalable ; prise en compte des alertes éventuelles de la collectivité concernant la présence d’espèces protégées. Le maître d’ouvrage analyse si le projet est soumis à étude d’impact (article R.122-2 du Code de l’environnement), à une dérogation « espèces protégées » ou à un dossier « loi sur l’eau », et engage, le cas échéant, les demandes d’autorisation ou de dérogation nécessaires (voir LPO - fiche 9).
Phase travaux
Prévenir l’impact des travaux sur les espèces présentes - piétinement, pollution sonore et lumineuse… - en adaptant l’organisation du chantier : plan de circulation et de stationnement des engins en prenant en compte la localisation des espèces, éléments temporaires de protection de la faune pendant le chantier (voir LPO- fiche 10) et en prévoyant les procédures pour secourir un animal en détresse sur le chantier (voir LPO -fiche 19).
Mettre en place les mesures identifiées et aménagements définitifs lors du diagnostic écologique et de la phase de conception.
Préserver des cavités et nids existants. Voir LPO – Fiche 11
Préserver et réaménager les éléments architecturaux, qui peuvent constituer des refuges ou permettre aux espèces liées au bâti de construire leurs propres nids : débords de toits, corniches, coffres de volets roulants…. Voir LPO -Fiche 17
À réaliser en complément :
Intégrer des aménagements spécifiques aux espèces : nichoirs à martinets (fiche 13), à hirondelles (fiche 14) et dédiés à d’autres oiseaux (fiche 15), gîtes à chiroptères fissuricoles et cavernicoles (fiche 16). Voir LPO.
Mettre en place un suivi des dispositifs et des populations, idéalement annuel et sur une durée minimale de 5 ans.
Garantir la bonne gestion des aménagements dans la durée, en anticipant les travaux futurs, les usages des habitants et les enjeux de cohabitation.
Partager et valoriser les bonnes pratiques : sensibilisation des habitants, mise en place d’animations ou de parcours patrimoniaux, développement de partenariats avec des associations de protection de la biodiversité (cf. LPO, fiche 5).
Retours d'expérience
Rencontre avec un écologue
En novembre 2025, nous avons pu nous entreteniravec Aurélien HUGUET, écologue et conseiller en écologie appliquée, au sujet de son accompagnement dans des projets de rénovation.
Aurélien HUGUET est intervenu sur le projet de restructuration et d’extension du groupe scolaire Marcel Pagnol à Colombes (92), en collaboration avec Tracks Architectes. Le projet incluait la rénovation d’un bâtiment existant des années 1970 ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment et de nouvelles cours de récréation.
Ce projet fut d’une grande complexité : d’une part, l’école était en activité pendant les travaux, et d’autre part, aucun diagnostic écologique préalable ni étude d’impact n’avait été réalisé. Toutefois, des aménagements ambitieux ont été possibles grâce à la grande réactivité de la collectivité, les équipes du cabinet d'architecture et des entreprises de chantier.
Sur la façade, des nichoirs ont été intégrés dans l’épaisseur du nouvel isolant. De plus, le chantier a été ponctué de découvertes d’espèces nécessitant des adaptations.
D’abord, une mare abritant des tritons a été identifiée. Ces amphibiens, nécessitant à la fois un écosystème aquatique pour la reproduction et un habitat terrestre pour leur cycle de vie, auraient vu leur domaine vital fortement réduit par l’extension du bâtiment. Les enseignants tenaient également à la mare pour des raisons pédagogiques.
Après l’étude de plusieurs solutions conciliant construction et préservation, il a été décidé d’implanter un batrachoduc sous le bâtiment, permettant la construction par-dessus, le site étant ainsi connecté à un réservoir de biodiversité attenant dans lequel la ville prévoit la création d’une seconde mare. La morphologie de la cour a été adaptée pour créer une noue permettant l’alimentation en eau de la mare, avec installation d’un piège-photo pour suivre la faune.
En outre, pendant les travaux, des zones refuges temporaires ont été mises en place pour protéger les tritons.
De la même manière, la découverte d’un rougequeue nichant dans une ventile, à l’intérieur d’un salle en travaux a conduit à ajuster le planning du chantier pour respecter la période de nidification.
Avec la multiplication des façades vitrées, les collisions d’oiseaux contre les bâtiments sont devenues un enjeu environnemental important. En Allemagne, environ 100 000 oiseaux par an, soit près de 5 % des espèces, sont concernés, et la France présenterait un niveau comparable selon la LPO. Il existe des solutions techniques pour limiter ce phénomène, telles que les verres sérigraphiés ou les vitrages à revêtement métallisé. Toutefois, aucune réglementation française n’impose actuellement leur utilisation.
Le chantier de l’Ecole-des-Cygnes à Enghien-les-Bains (95), sous maîtrise d’ouvrage de la commune, a intégré ce type de dispositifs. Démarrant mi-mars 2023, c’était une première en France.
Un diagnostic faune-flore a montré que de nombreuses espèces présentes sur la commune étaient susceptibles de fréquenter l’ALSH des Cygnes.
Par ailleurs, l’objectif de conservation de grands frênes et poiriers à proximité immédiate génère des reflets de canopée sur les façades vitrées, identifiés comme un facteur de risque de collision. Pour y répondre, le projet a retenu le vitrage AviSafede Pilkington, qui utilise la différence de perception de spectre visuel entre les oiseaux (qui y voient des ruptures de réflexions) et les humains (pour qui le dispositif est quasi invisible).
Le surcoût de cette solution est estimé à 189,15 € HT par mètre carré par rapport à un vitrage standard. La maîtrise d’ouvrage a bénéficié d’une subvention de 500 000 € de la région Île-de-France.
Le projet comprend également des dispositifs d’accueil de la faune en façades, un muret biodivers végétalisé et une cour en pleine terre dont les portions désimperméabilisées sont aménagées en végétal local.
En novembre 2025, nous avons pu nous entretenir avec Philippe MAINTIGNEUX, bénévole du Groupe Bâti & Biodiversité à la section Ile-de-France de la LPO qui travaille tantôt avec les habitants, tantôt sur des projets d’aménagement avec des professionnels du bâti.
Les retours des habitants et usagers montrent des avis contrastés sur la présence de biodiversité dans les bâtiments et espaces urbains. Si certains contactent la LPO pour alerter sur la présence de faune dans des bâtiments en travaux, d’autres peuvent exprimer des inquiétudes. Ils sont parfois surpris par la méconnaissance de la présence d’espèces nicheuses.
Toutefois, de manière générale la biodiversité urbaine contribue au bien-être et à la santé des habitants, en offrant des contacts avec la nature depuis les fenêtres ou les espaces communs, renforçant le sentiment d’un cadre de vie agréable et vivant.
Du côté des professionnels du bâti, l’accueil est généralement positif : ils y voient souvent un bénéfice et considèrent que la biodiversité peut valoriser le projet. Certaines inquiétudes émergent néanmoins, notamment sur la cohabitation des habitants avec les pigeons, ou sur des difficultés relationnelles avec les bailleurs sociaux ou gestionnaires lorsqu’il s’agit de gérer les espaces à biodiversité.
Co-bénéfices
Co-bénéfices environnementaux :
Renforcement de la biodiversité urbaine
Transition énergétique
Lutte contre la surchauffe des bâtiments
Sensibilisation aux enjeux de biodiversité
Co-bénéfices autres :
Santé et bien-être des usagers
Conformité réglementaire
Coûts
Coûts de diagnostic
L’intervention d’un écologue se mesure souvent en journées de travail. Cette démarche est relativement peu coûteuse par rapport au budget total de la rénovation, représentant généralement 0,5 à 1 % du coût global des travaux.
Couts d’investissement
Très variable également en fonction des actions choisies. Par exemple, les nichoirs coûtent entre 50 et 150 € l’unité.
La Ville de Colombes propose un Fonds municipal d'aides à la rénovation thermique en copropriété; celui-ci comporte notamment une aide spécifique dénommée "favoriser la biodiversité dans le bâti".
Fonds vert et fonds biodiversité : il est possible de faire financer les diagnostics, les inventaires naturalistes et la cartographie dans le cadre du financement des Atlas de la biodiversité communale. Les diagnostics peuvent aussi être financés à travers la mesure « Rénovation énergétique des bâtiments publics locaux »
« Reconquérir la biodiversité » de la Région Ile de France : financement des diagnostics écologiques et des études pré-opérationnelles aux travaux d’aménagements favorables à la biodiversité.
Des subventions d’institutions publiques (OFB et les ARB, PNR, CAUE) : les CAUE financent par exemple des formations à l’architecture, l’urbanisme, l’environnement et le paysage.
La Fondation du patrimoine a lancé deux programmes qui financent les projets de rénovation permettant le maintien de la biodiversité au sein du bâti : Patrimoine naturel et Biodiversité et Eco-restauration
La réussite du projet repose sur l’implication de tous : syndic, gestionnaires, usagers, maître d’ouvrage, entreprises…
Maître d’ouvrage, équipe de MOE et entreprises : former les équipes de chantier garantit la bonne application des préconisations de l’écologue, assure la cohérence du projet et garantie le respect de la réglementation. Cela permet également de lever certains obstacles : inquiétudes sur les coûts, contraintes techniques (ex. installer un nichoir intégré à l’isolation) ou freins culturels.
Usagers et gestionnaires : la sensibilisation des adultes et enfants facilite l’acceptation de la faune (oiseaux, chauves-souris…) et améliorer la cohabitation. Il est primordial d’anticiper les craintes ou nuisances (salissures, bruit, peurs) et de prévoir des solutions simples dès la conception et dans la gestion du site (ex. planchettes anti-fientes).
Il est crucial de se faire accompagner d’un écologue, et qu’il puisse intervenir en amont, au moment de la conception du projet. Il pourra mener le diagnostic écologique pour contextualiser le projet, conseiller les différentes parties prenantes sur les solutions, rappeler la réglementation…
En complément, certains outils peuvent être utiles pour accompagner des porteurs de projets en amont :
BIODI-Bat : un outil cartographique d’aide à la décision, disponible sur la plateforme R4RE. Développé par l’Observatoire de l’Immobilier durable, il vise à intégrer les enjeux liés à la biodiversité dans les stratégies des acteurs de la ville.
Les labels BiodiverCity® développés par le Conseil International Biodiversité et Immobilier, qui peut permettre de s’informer, d’interroger les pratiques et de bénéficier d’un cadre.
Adapter les solutions à chaque projet
Il n’y a pas de solutions types ou miracles qui conviennent à toutes les espèces.
Prendre en compte la biodiversité « c’est davantage une question de méthode car il n’y a pas de solutions standardisées » (Marc Barra, écologue à l’Agence Régionale de la Biodiversité Ile-de-France)
C’est pourquoi il est impératif de travailler en interdisciplinarité sur le couplage architecture, structure et paysage, et de faire appel à des spécialistes. Ceux-ci pourront trouver les solutions adaptées à la singularité de chaque projet mais aussi à la faune et la flore locale, et permettre ainsi d’éviter des investissements inutiles.
Préserver l’existant en priorité
L’objectif est d’abord d’éviter de nuire, en protégeant d’abord les habitats et les espèces. Sur les chantiers, la tendance à « repartir de zéro » conduit souvent à détruire des sites utilisés par la faune, parfois invisibles. L’écologue doit intervenir dès la phase de conception, avant tout arbitrage sur le bâti.
Ce qu’il faut préserver :
cavités dans les façades et sous les toitures : combles, corniches, coffres de volets, accès sous toiture, gouttières…
surfaces rugueuses, notamment sous des surplombs (avant-toits, balcons, rebords de fenêtres), afin de permettre l’implantation des nids d’hirondelles.
Autres habitats potentiels : arbres, mares, végétation…
Si aucune solution de conservation n’est possible, il convient de créer en priorité des cavités et surfaces adaptées dans le bâti, les nichoirs restant principalement des solutions d’appoint (voir LPO fiches 11 et 17).
Composer avec les contraintes patrimoniales
Sur le bâti ancien, notamment en secteur ABF, l’ajout de dispositifs visibles (nichoirs, végétalisation en façade, etc.) est souvent contraint. Cela ne veut pas dire que la biodiversité doit être écartée, mais qu’elle doit être intégrée différemment et anticipée. Le bâti vernaculaire d’Île-de-France offre des marges de manœuvre par exemple, la pierre de meulière, présente des aspérités favorables aux oiseaux (notamment les moineaux) et sa rugosité permet l’accroche de plantes grimpantes sans dispositifs lourds.
Choisir des matériaux adaptés
Le choix de matériaux favorisant la biodiversité et respectueux de l’environnement est essentiel. Des matériaux présentant des porosités peuvent accueillir certaines espèces, tandis que des options écologiques (bois non traité, peintures naturelles, isolants biodégradables) contribuent à améliorer la qualité de l’air intérieur et réduisent la pollution extérieure.
Voir au-delà de la parcelle
Puisque les cycles biologiques du vivant outrepassent les frontières administratives, l’idéal pour les porteurs de projets est de prendre en considération non seulement la parcelle mais aussi tout l'écosystème (alentours, quartiers). Cela facilite notamment la disponibilité de nourriture et de matériaux (comme la boue pour les nids), et la circulation des espèces. Bonnes pratiques :
Connaître, préserver et restaurer les continuités écologiques autour du bâtiment
Créer ou entretenir des habitats sur les abords (mares, végétation, toitures végétalisées, espaces fleuris) pour favoriser la circulation et la présence des espèces
De plus, les régions, départements, intercommunalités, EPCI et communes peuvent impulser une dynamique positive pour la biodiversité à l’échelle du territoire, afin de préserver les populations existantes et les continuités écologiques urbaines. Elles interviennent à deux niveaux : en tant qu’autorités compétentes en aménagement et en tant que maîtres d’ouvrage des rénovations des bâtiments publics, ce qui leur permet de :
Fixer un cadre stratégique et réglementaire commun à travers les documents d’urbanisme et de planification (SRADDET, SCOT, PLU(i), afin d’intégrer la biodiversité du bâti dans les règles, les zonages et les prescriptions applicables à tous les projets.
Porter une ambition politique en inscrivant la protection des espèces et des continuités écologiques dans des plans, programmes, démarches volontaires.
Montrer l’exemple en tant que maître d’ouvrage et acheteur public, en intégrant des exigences favorables à la biodiversité dans la rénovation, la construction et la gestion du patrimoine bâti, ainsi que dans la commande publique, pour engager l’ensemble des acteurs du territoire.