Économiser et réutiliser l’eau des piscines municipales
Les piscines municipales représentent souvent le premier poste de consommation d’eau des collectivités. Dans un contexte où la tension sur la ressource en eau est croissante, économiser et valoriser ces eaux représente un levier essentiel d’adaptation.
Le réchauffement climatique accentue la fréquence et l’intensité des sécheresses, renforçant ainsi les tensions déjà fortes sur la ressource en eau en ville.
Les piscines consomment un volume d'eau conséquent, qu'il est essentiel de réduire en amont, et pouvant être réutilisé pour certains usages en aval comme source alternative en ville.
Points forts
Une ressource à saisir
Réduction de la consommation d’eau potable pour certains usages
Gestion durable de la ressource en eau
Réduction des coûts pour la collectivité liés à l'achat d'eau potable
Adaptabilité des projets selon leur taille et les contraintes techniques
Réduction du volume d’eau évacué vers le réseau d’assainissement
La France fait face à une pression croissante sur ses ressources en eau sous les effets du changement climatique, auxquels s’ajoute l’évolution des usages, caractérisée par une intensification des besoins en eau, en particulier en été et à l’échelle locale dans le sud du territoire.
Cette situation soulève des enjeux concernant la gestion de la ressource, l’adaptation des territoires, ainsi que la résilience des espaces urbains.
Le changement climatique et ses effets sur la ressource en eau
Selon Météo-France, le changement climatique entraîne de profondes conséquences sur le cycle de l’eau ainsi qu’une raréfaction croissante de la ressource en eau disponible. Par ailleurs, entre les années 1990-2001 et 2002-2022, la ressource en eau a diminué de 14 %, d’après le Commissariat Général au Développement Durable.
En parallèle, d'après Météo-France, 5 fois plus de jours de vague de chaleur sont à prévoir à l'horizon 2050. Ces épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses renforceront les risques sanitaires et les situations de stress thermique, notamment en ville dense.
Dans ce contexte, il est essentiel d’adapter l’espace urbain à cette tension sur la ressource en eau, en réduisant sa consommation, en optimisant son usage et, par exemple, en favorisant sa réutilisation. Ainsi, plusieurs leviers peuvent être saisis :
Le contre-lavage des filtres des bassins, destiné à éliminer les impuretés, représente 40 à 50 % de la consommation totale en eau ;
L’eau chaude sanitaire (vestiaires, douches, sanitaires) correspond entre 18 et 35 % du total d’eau consommée, en fonction des locaux annexes et des habitudes de consommation ;
Le renouvellement des eaux de bassin, dont la consommation s’élève entre 17 et 20 % du total
Conformément à l’arrêté du 26 mai 2021, le renouvellement de l’eau des bassins doit être effectué chaque jour d’ouverture à hauteur d’au moins 30 litres d’eau non recyclée par baigneur par jour, tandis que la recommandation sanitaire est de 50 L/baigneur.
Ce volume correspond à un seuil minimum, et d’après Ville Aménagement Durable, le renouvellement des eaux de piscines se situe plutôt :
Entre 140 et 180 L/baigneur pour les piscines anciennes ;
Entre 60 et 120 L/baigneur pour les plus modernes.
Ainsi, de grands écarts existent, tant pour la performance des piscines que pour les économies d’eau potentielles.
Et la consommation énergétique des piscines ?
Les piscines municipales sont également très consommatrice en énergie, et peuvent représenter pour les collectivités jusqu'à 25 % de la consommation totale de leur patrimoine bâti (ACTEE). Plusieurs guides de rénovation existent, comme celui de la FENEDE, ou celui de l'ADEME orienté sur les énergies renouvelables.
Les mesures de réduction des consommations d'énergie peuvent être l'occasion d'envisager également des aménagements pour la réduction ou la réutilisation des consommations d'eau. La Ville de Paris note d'ailleurs dans son Plan de sobriété en eau que la mise en place de contrats de performance énergétique (CPE), accords passés entre un maître d'ouvrage et un opérateur visant à améliorer l'efficacité énergétique d'un ou plusieurs bâtiments, permettait non seulement de réaliser des économies d’énergie, mais aussi de réduire la consommation d’eau d’environ 35 %.
Certains axes d’amélioration existent pour économiser l’eau des piscines, avant une potentielle réutilisation de l’eau consommée :
Les systèmes de filtration et de nettoyage des filtres constituent la part la plus importante de la consommation d’eau dans les piscines. Des technologies plus performantes comme les filtres à cartouche permettent d’économiser jusqu’à 90 % d’eau liée au lavage comparé à un filtre à sable classique, mais sont plus coûteux sur une année ;
A Paris, la ville met en place un programme pour remplacer les matériaux utilisés dans les systèmes de filtration des piscines afin notamment d’optimiser leur efficacité, et ainsi abaisser les renouvellements d’eau journaliers, et donc réduire les consommations d’eau des piscines. Les médias filtrants ont une durée de vie de 10 ans pour les filtres à sable et de 15 ans pour ceux à billes de verre.
Les douches et sanitaires représentent la deuxième part la plus importante de la consommation d’eau. L’installation de robinets et douches à faible débit, à usage automatique et couplés avec des mousseurs, ainsi que l’ajustement des volumes de chasse d’eau sont d'autant de solutions qui contribuent à réduire cette consommation ;
Un contrôle précis des baigneurs, via un logiciel de calcul d’affluence, un contrôle d’accès robuste ou des capteurs intelligents permettent, plutôt qu’un comptage approximatif, de déterminer précisément le nombre de baigneurs journaliers, et donc le volume d’eau à renouveler ;
Adapter les vidanges des bassins, dont l'obligation annuelle a pris fin depuis un décret de 2025. Cette vidange était responsable de 10 % de la consommation d’eau d’une piscine municipale, ce qui permet de réaliser des économies d'eau et de réduire les coûts de maintenance pour les collectivités (Journal officiel du ministère de la Santé). Cela permet désormais aux collectivités de réaliser cette vidange très consommatrice en eau selon lesbesoins de la piscine, et non plus selon une règle légale. En outre, afin de limiter la pression sur la ressource en période de moindre précipitation, les vidanges peuvent être préférentiellement programmées hors période estivale (juillet à septembre) si les contraintes de service le permettent.
Globalement, il convient d'adapter le volume d'eau utilisé pour les différents postes aux besoins réels de l'équipement et des usagers. La fréquence du nettoyage des filtres peut par exemple varier au fil de l'année.
Actuellement, la réutilisation des eaux non conventionnelles en France reste très anecdotique, avec seulement quelques millions de m³ par an, d’après le Sénat, et moins de 1 % des eaux usées traitées réellement valorisées d’après EauFrance.
Dans le cadre du “Plan Eau”, l’objectif est de développer 1 000 projets de réutilisation d’ici 2027, et d’atteindre environ 10 % d’eaux usées traitées réutilisées, soit 300 à 400 millions de m³/an d’ici 2030.
Une évolution réglementaire récente concernant l’utilisation des eaux non conventionnelles
Avant 2024, seules les eaux de pluie disposaient d’un cadre réglementaire et pouvaient être utilisées par des particuliers à des fins domestiques. En parallèle, les collectivités utilisaient déjà les eaux non potables (eaux de pluie et eaux usées traitées), dans des cadres souvent dérogatoires selon la source d’eau et l’usage.
Avec le décret et l’arrêté du 12 juillet 2024 relatifs aux utilisations d'eaux non potable, cinq sources d’eau non potables sont autorisées à être utilisées pour certains usages domestiques :
Les eaux de pluie ;
Les eaux douces ;
Les eaux de puits et de forage ;
Les eaux grises ;
Les eaux de piscines collectives.
Ces eaux peuvent être utilisées pour les usages domestiques suivants, chez les particuliers ou dans certains bâtiments publics :
Le lavage du linge ;
Le lavage des sols en intérieur ;
L’arrosage des jardins ;
L’alimentation des fontaines décoratives non destinées à la consommation humaine ;
L’évacuation des excrétas (chasses d’eau) ;
Le nettoyage des surfaces extérieures, dont le lavage des véhicules ;
L’arrosage des toitures, des murs végétalisés et des espaces verts.
De plus, ces textes fixent des critères de qualité microbiologique et physico-chimique en fonction des usages.
Ces décrets et arrêtés n’instaurent pas une nouvelle réutilisation de l’eau, mais permettent d’harmoniser, de clarifier et d’élargir les types d’eaux autorisées et les usages domestiques possibles, avec des critères sanitaires et des procédures détaillées.
Il n’existe pas d’étude précise caractérisant les taux d’utilisation des sources d’eau non potable, cependant l’utilisation de l’eau de pluie pour l’irrigation des jardins et des espaces verts semble les plus répandues en France.
En outre, dans le cas où l’eau de piscine récupérée alimente les bassins de la piscine, cela doit faire l’objet d’une autorisation préfectorale. Il faut dans un premier temps consulter l’Agence Régionale de la Santé, qui pourra proposer le projet à la Préfecture. Celle-ci prendra ensuite une décision après avis du Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques (CODERST), conformément à l’Article 1332-4 du Code de la santé publique.
Et la réglementation des eaux de piscine en particulier ?
Il n’existe actuellement pas de texte de loi réglementaire spécifique à la réutilisation des eaux de piscine. En l’absence d’un cadre spécifique dédié, les projets sont étudiés au cas par cas par la commune, en lien avec les services de l’Etat compétents en matière de santé et d’environnement. Lorsqu’ils sont intégrés à une opération de construction ou d’aménagement, ces dispositifs peuvent faire l’objet d’une analyse spécifique afin d’évaluer leur conformité aux exigences réglementaires.
En parallèle, il n’existe actuellement pas de réglementation fixant un seuil obligatoire de chlore à atteindre avant réutilisation des eaux de piscines pour un usage urbain. Ainsi, la qualité à atteindre dépend des critères fixés par l’arrêté du 12 juillet 2024 selon l’usage envisagé et l’exigence sanitaire associée. Malgré tout, ce même arrêté mentionne la recommandation de respecter une valeur indicative de chlore « total » (somme du chlore libre, désinfectant actif ajouté, et du chlore combiné lié aux impuretés) inférieur à 1 mg/L pour l’arrosage des espaces verts, tandis que la plage réglementaire de chlore total dans les piscines se situe environ à 2 mg/L, d’après l’arrêté du 26 mai 2021.
Les eaux de piscines constituent une source que les collectivités peuvent utiliser, et qui présente plusieurs avantages. Les eaux de piscine majoritairement réutilisées en pratique correspondent aux eaux de renouvellement et de vidange des piscines. D’autres eaux peuvent être exploitées : eau de pédiluve (parfois d'ailleurs issue des bassins), de douche, de nettoyage des filtres, bien qu’il n’existe pas de retour d’expérience précis sur ces pratiques.
Selon les communes, les eaux des piscines sont généralement réutilisées aux fins suivantes :
Arrosage des parcs et jardins publics ;
Curage de réseaux ;
Nettoyage des voiries ;
Remplissage des fontaines décoratives non potables.
D’autres usages plus techniques sont également visés, comme la création d’un espace de fraîcheur à Strasbourg (phase expérimentale).
En outre, il n'est pas exclu que l'eau de piscines puisse servir aux pompiers. D'après un rapport du Sénat de 2021 (Chapitre V), les ressources d'eau naturelles ou artificielles – pouvant inclure un bassin, une retenue, une citerne, un lac, un réservoir privé géré par une collectivité ou un autre propriétaire – peuvent être utilisées par la Défense Extérieure Contre les Incendies (DECI) et utilisées comme point d'eau incendie, avec l'accord obligatoire du propriétaire. Toutefois, en pratique, les eaux de piscines municipales ne sont pour l'instant pas utilisées par la DECI, et il n'existe pas de retour d'expérience témoignant de cet usage.
Quelles économies d'eau potable grâce à la réutilisation de eaux de piscines ?
Les économies en eau potables liées à la réutilisation des eaux de bassins dépendent directement du renouvellement des eaux, et donc du nombre de baigneurs quotidiens. Ces économies représentent généralement une dizaine de m3 par jour, selon la taille du projet, avec des valeurs généralement comprises entre 7 m3/jet 15 m3/j. Pour les plus grandes structures, des projets expérimentaux peuvent générer des économies supérieures, avec plus de 100 m3/j.
En parallèle, l’économie liée aux vidanges est proportionnelle au volume des bassins, qui mesure généralement 40 à 50 m3.
Bien que ces économies d'eau quotidiennes peuvent sembler faibles, elles sont en réalité significatives : 10 m3 d'eau représente 10 tonnes d'eau !
En outre, ces eaux recyclées permettent de réduire le volume d’eau à traiter au niveau de la station d’épuration.
Pour réutiliser les eaux des piscines municipales, l’eau doit passer par les étapes suivantes :
Récupération des eaux (à définir lesquelles : du bassin, renouvellement ou vidange ; du pédiluve ; des douches ; du nettoyage des filtres)
Stockage avant traitement éventuel
Traitement éventuel pour déchlorer l’eau
Stockage après traitement éventuel
Acheminement vers la zone de réutilisation
Dans tous les cas, la récupération fonctionne de la même façon : le réseau des eaux usées de piscine est détourné, afin que ces eaux soient acheminées vers une cuve de stockage. Le surplus est évacué au réseau d’eaux usées par un système de trop-plein.
Le dimensionnement de ces cuves dépend des types d’eaux récupérées, et des volumes attendus. Par ailleurs, ce stockage permet également de favoriser la déchloration naturelle par évaporation.
Les eaux sont alors stockées et éventuellement traitées, avant d’être disponibles pour une réutilisation.
Selon les projets, les eaux de piscine sont plus ou moins traitées pour réduire la concentration de chlore :
Certains prévoient de laisser simplement l’eau décanter, et le chlore s’évaporer ;
D’autres mettent en œuvre une déchloration chimique ;
Moins déployés, l’utilisation du charbon actif pour absorber le chlore ;
Très rarement appliqué, un traitement aux ultraviolets, en complément, en particulier si une qualité sanitaire élevée est requise.
Déchloration chimique
La déchloration chimique est la méthode la plus répandue, la plus contrôlable et la plus rapide :
Elle repose sur l’ajout d’un agent réducteur qui transforme le chlore en ion chlorure, non toxique pour les usages urbains. En pratique, les produits les plus utilisés sont le bisulfite ou métabisulfite de sodium ;
L’ordre de grandeur de la réaction est de quelques minutes pour les piscines, et, par comparaison, 5 minutes environ dans les applications de traitement des eaux (Malcolm J., 2017) ;
En revanche, elle nécessite une gestion de produits chimiques et un suivi régulier.
Déchloration naturelle par aération et évaporation
La déchloration naturelle repose sur le caractère volatil du chlore :
La dissipation progressive du chlore libre par contact avec l’air dans des cuves ou bassins ouverts ;
Cette méthode est plus lente, l’ordre de grandeur étant de 10 à 15 jours ;
Des techniques d’aération de l’eau, par exemple injecter de l'air depuis le fond du bassin, peuvent ainsi être utilisées pour accélérer ce procédé. Toutefois, ce couplage ne semble pas être utilisé en pratique, et ne semble être utile que lorsque la déchloration doit se réaliser rapidement ;
Cette méthode est pertinente lorsque les volumes d’eau peuvent être stockés sur une longue durée, que l’usage n’est pas immédiat ou que les contraintes de contrôle chimique sont limitées.
Déchloration sur charbon actif
Cette méthode moins répandue, repose sur l’absorption du chlore à la surface du charbon actif :
Il n’y pas d’ajout de réactifs chimiques ;
Le fonctionnement peut se faire en continu
En revanche, le charbon peut saturer, ainsi une maintenance est indispensable
Il existe différentes méthodes pour stocker l’eau en attendant qu’elle soit utilisée :
Des cuves, enterrées ou non, économiques et efficaces pour les plus petits volumes ;
Les citernes souples extérieures, étanches et résistantes, intéressantes face à des contraintes d’enterrement et de terrain qui ne permettent pas l’installation d’un dispositif enterré ;
Des bassins de surface, pouvant être couplés au déchlorage par évaporation, comme à Forbach (Moselle).
Une fois cette eau stockée, elle peut être récupérée et transportée par des camions, directement pour l’arrosage de la voirie par exemple, ou pour la déplacer vers son point d’usage.
Un projet expérimental innovant à Strasbourg mené par UrbanWater utilise la nappe phréatique tant comme réservoir que comme moyen de déplacement de l’eau. Ainsi, l’eau, une fois traitée, y est injectée, et des pompes sont installées afin de puiser l’eau de la nappe au niveau d’un parc, où elle pourra être utilisée. Le volume annuel d’eau traitée et injectée est supérieur à l’estimation du volume d’eau utilisée en été pour rafraîchir le parc, ne créant ainsi pas un déficit au niveau de la nappe.
En janvier 2026, nous avons pu nous entretenir avec Jérôme Harrault, Responsable de la Propreté Urbaine à la Ville de Saint-Mandé (Val-de-Marne), au sujet de la réutilisation des eaux de piscine dans la ville.
Emergence du projet
Le projet de réutilisation des eaux de piscine à Saint-Mandé est né du constat que la piscine municipale génère des pertes d’eau importantes et continues : entre 60 et 70 m3 d’eau sont rejetées chaque jour directement dans le réseau d’assainissement. Ces volumes proviennent des eaux de bassin, qui sont partiellement recyclées pour alimenter les pédiluves, avant d’être finalement évacuées.
La Ville s’est également interrogée sur la récupération d’eau issue de la vidange annuelle du bassin. Toutefois, en raison des contraintes de gestion liées à la récupération ponctuelle (stockage, exploitation des cuves), elle a décidé de s’orienter uniquement sur les pertes quotidiennes, plus régulière et plus facile à valoriser.
En parallèle, la Ville a évalué certains de ses besoins en eau non potable et a identifié deux usages pour la réutilisation des eaux de piscine :
Le lavage des voiries, dont la consommation représente 20 m3 d’eau par semaine, par la Ville et un prestataire ;
L’entretien des deux marchés de la ville (4 jours par semaine), dont la consommation s’élève à 40 m3 par semaine, par le Territoire Paris Est Marne & Bois.
En moyenne, la consommation en eau de ces usages avoisine donc les 70 m3 par semaine. Ces éléments ont été pris en compte pour le dimensionnement du projet.
Ainsi, le projet a été lancé en avril 2025, avec un objectif de mise en service initial fixé à septembre 2025. Son financement a été assuré par le Territoire Paris Est Marne & Bois, à hauteur de 100 000 €, soit 2/3 du total, ainsi que par la Ville de Saint-Mandé à hauteur de 50 000 € (1/3 du total). Le coût total du projet s’élève à 150 000 €.
En outre, ce projet pilote s’inscrit dans une démarche expérimentale, nourrie par des échanges avec d’autres collectivités ayant mis en place des dispositifs similaires (bassins de décantation, récupération lors des vidange).
Les contraintes techniques rencontrées
Des études préalables ont été effectuées dès le départ du projet :
Repérage d’amiante
Géodétection des réseaux
Relevés topographiques par un géomètre
Mesure du taux de chlore des eaux par un laboratoire
Aucun dévoiement de réseaux n’a été nécessaire pour la bonne réalisation des travaux, mais s’est néanmoins révélé dense et contraignant en volume.
Ainsi, l’un des principaux freins a concerné le dimensionnement et l’implantation de la cuve de récupération. L’idéal aurait été une citerne de 70 à 80 m3, afin de limiter au mieux les rejets vers l’assainissement. Cependant, avec le manque d’espace disponible, et au regard du volume utilisable au quotidien, la Ville s’est tournée vers le choix d’une cuve de 30 m3 installé sous un trottoir après avoir retiré une jardinière existante, à proximité de la piscine et d’un groupe scolaire.
Les travaux ont été effectués entre juillet et août 2025, pour profiter de la fermeture des écoles, et ont duré trois semaines. Ils ont compris les terrassements, les raccordements, les installations des pompes de relevage et la remise en état de la voirie.
Sur le plan sanitaire, plusieurs analyses ont été réalisées en laboratoire. À ce stade, le taux de chlore mesuré est conforme à la réglementation encadrée par les arrêtés et décrets, et jugé, par les porteurs du projet, suffisamment fiable pour permettre aux usages définis sans traitement préalable.
D’un point de vue hydraulique, l’écoulement gravitaire n’étant pas possible, la récupération de l’eau des pédiluves s’est faite via des pompes de relevages immergées pouvant fonctionner en milieu chloré. L’eau pompée est ensuite stockée dans la cuve, avant d’alimenter une bouche incendie (qui est donc enterrée) utilisée comme point de prélèvement par les différents camions de nettoyage. L’installation d’une borne incendie (qui sort du sol, au niveau du trottoir) n’a pas été retenue afin de ne pas créer d’obstacle pour les personnes à mobilités réduites.
La Ville a également anticipé la gestion de la voirie et du stationnement : arrêtés municipaux, création d’un emplacement réservés aux véhicules de la Ville, signalisation horizontale et verticale. Une zone de stationnement pour les vélos a même été créée à la place de l’ancienne jardinière, faisant suite à une proposition des riverains.
En outre, une formation à l’utilisation de la bouche incendie pour le prélèvement de l’eau de la cuve a été organisée à destination des agents de la Ville et des prestataires. Elle a permis de présenter le raccordement des véhicules à la bouche incendie, le matériel spécifique à acquérir (chaque intervenant possède son propre matériel de connexion) et le mode opératoire à respecter.
Depuis la mise en service, les résultats sont jugés très positifs par la Ville. La cuve est alimentée quotidiennement par les eaux du pédiluve, et l’approvisionnement bénéficie d’une organisation efficace :
Les agents de la Ville prélèvent l’eau jusqu’à deux fois par jour, selon les besoins, à 10h et 14h
Le prestataire intervient également jusqu’à deux fois par jour, à 6h30 et 11h
Le Territoire Paris Est Marne & Bois utilise la bouche d’incendie quatre jours par semaine, pour les marchés
Au total, la consommation atteint jusqu’à 20 m3 par jour, sans conflit lié à l’eau disponible ni de difficulté de coordination entre les différents acteurs. Les pompes de relevage sont arrêtées chaque soir à 20h.
Depuis octobre 2025, des tests d’arrosage sont menés sur différents végétaux (arbre, arbustes, massifs), pour évaluer leur réaction malgré le taux de chlore, toutefois tolérable au regard de la réglementation. Les premiers résultats sont encourageants.
En parallèle, un système de déchloration est envisagé comme étape à venir du projet (bassin de décantation ou modules de traitement en sortie de pédiluve), si les résultats sur le végétal le requièrent. D’après la ville, à titre indicatif, cela représenterait un investissement d’environ 10 000 €, avec un coût de maintenance estimé à 500 € par mois.
La capacité limitée de la cuve entraîne tout de même un rejet d’environ 40 m3 par jour vers le réseau d’assainissement. La Ville réfléchit donc à l’installation d’une seconde cuve, enterrée, placée à côté du groupe scolaire, afin de récupérer un plus grand volume d’eau, qui pourrait permettre d’alimenter de futurs projets (cours oasis, arrosage urbain, cimetière).
Retours utilisateurs-rices
Co-bénéfices
Co-bénéfices environnementaux :
Sobriété
Soulagement des réseaux d'assainissement
Co-bénéfices autres :
Réduction des coûts
Potentiel de sensibilisation des usagers sur la préservation de la ressource en eau
Coûts
Un large spectre des coûts selon la forme des projets
Les coûts dépendent principalement de la taille du projet.
Par exemple, à Forbach (Moselle), un projet de réutilisation des eaux de piscines s’appuyant sur une déchloration naturelle, par évaporation,grâce à trois bassins à ciel ouvert a représenté un investissement d’environ 200 000 €, financé à 80 % par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Ce dispositif permet de recycler 7 000 m3 d’eau par an, soit 19 m3/jour, d’après le directeur général de l’agence de l’eau Rhin-Meuse.
À Uzerche (Corrèze), un projet utilisant une citerne souple, a coûté 11 000 € de travaux, et permet de stocker et réutiliser 600 m3 d’eau par an, soit plus de 1,5 m3/jour.
À Six-Fours-les-Plages (Var), un projet de plus grande ampleur, ayant coûté 1 000 000 €, permet de réutiliser 50 000 m3 d’eau chaque année dans l’arrosage des espaces verts (couvert à 50 % par toutes les sources de récupération d’eau), le nettoyage de la laverie, l’alimentation des aires de carénage (zone où la partie immergée de la coque des navires est lavée) et les toilettes du port. La ville utilise du charbon actif pour traiter ses eaux de piscine.
Méthodes de traitement
La déchloration chimique par utilisation de bisulfite ou métabisulfite de sodium coûte environ 0,01 € par m3 d’eau traitée (en estimant qu’1 mg/L de chlore libre, c’est-à-dire le chlore actif désinfectant, nécessite environ 1,5 mg/L de réactif, qu’une eau de piscine contient 1,5 mg/L de chlore libre, et que ces réactifs coûtent 3,5 €/kg).
Hormis les travaux, le décaissement potentiel et l’achat des dispositifs de stockage, la méthode de déchloration par aération ne représente pas de coût si elle n’est pas couplée à des injecteurs ou brasseurs d’air, pour améliorer son efficacité.
L’utilisation de charbon actif représente un coût de 0,007 € HT par m3 d’eau ;
L’utilisation de réacteur à rayonnements UV représente de 0,001 à 0,0015 € HT par m3 d’eau (cette solution est toutefois rarement utilisée pour le déchlorage).
Stockage
Les prix pour stocker l’eau avant usage varient selon le volume souhaité et la méthode utilisée. Ainsi, pour un même volume de 30 m3 :
Une cuve enterrée coûte environ 10 000 €, sans les travaux (exemples à titre indicatif : Roto, Duraplas) ;
Une citerne souple, posée en surface, coûte environ 1 000 € (exemples à titre indicatif : Citreno, Reserveo) ;
Le terrassement pour la création d’un bassin à ciel ouvert coût entre 750 € et 2 700 €, en fonction du type de sol (selon Devis-Artisan).
Enjeux sanitaires pour la réutilisation des eaux non potables
L’Anses souligne que la réutilisation des eaux non potables présente des risques sanitaires et environnementaux liés à :
La potentielle présence de micro-organismes pathogènes ;
Des substances chimiques organiques ou minérales, potentiellement toxiques ;
La qualité variable des eaux selon leur origine.
Ainsi, chaque projet devrait bénéficier d’une analyse globale bénéfice/risque avant mise en œuvre. Les risques sanitaires varient selon le type d’eau réutilisée et l’usage envisagé. Le traitement de l’eau doit donc être adapté en conséquence : pour les eaux de piscines, un déchlorage est requis pour atteindre le seuil réglementaire, éventuellement complété par d’autres étapes de traitement.
En parallèle, l’Anses préconise explicitement que tout usage d’eau, notamment en intérieur, soit encadré par des critères qualité rigoureux, afin d’éviter :
Un mélange accidentel avec l’eau potable pouvant entrainer des risques pour la santé des personnes ;
Un mésusage ou une exposition involontaire des usagers à des agents pathogènes.
C’est pourquoi la séparation des circuits d’eau potable et non potable, une signalétique claire et une installation technique fiable sont recommandées.
Principaux paramètres à considérer lors de l’étude d'un projet de réutilisation
Un rapport du département du Val-de-Marne présente plusieurs recommandations et points d’attention avant la mise en œuvre d’un projet d'utilisation des eaux non potables, en particulier :
Le budget alloué ;
Le ou les types d’eau de piscine envisagés à être réutilisée : eau de bassin (eaux quotidiennes, eaux de vidange), eau de pédiluve, eau de douche, eau de nettoyage des filtres. Le volume d’eau récupéré et sa régularité doivent être étudiés selon le ou les types d’eau de piscine visés ;
Le ou les types d’usage de ces eaux (arrosage, nettoyage de voiries, autres) ainsi que les besoins en eau correspondant.
D’autres paramètres s’articulent ainsi autour de ces trois points essentiels, notamment :
Le volume des dispositifs de stockage
Le traitement à appliquer aux eaux de piscine
En parallèle, il est utile d’anticiper les adaptations à apporter à l’organisation du travail des agents. L’objectif est d’adapter la conception des ouvrages en fonction des besoins des agents.
En outre, lorsqu'un projet de rénovation « invisible » nécessite la fermeture d'un lieu public – par exemple des travaux de rénovation énergétique, son acceptabilité par les usagers sera renforcée s'il s'accompagne d'une rénovation « visible », plus facilement compréhensible comme justification de la durée de fermeture.