L’Île-de-France face à la sécheresse : quels leviers pour préserver la ressource en eau ?
Relativement épargnée jusqu'alors, l'Île-de-France se retrouvera de plus en plus concernée par le risque de sécheresses du fait du changement climatique. L'Agence Parisienne du Climat y a consacré une table ronde lors des Rencontres AdaptaVille 2025.
[Article publié le 23 février 2026]
Avec le changement climatique, les sécheresses risquent de devenir plus fréquentes et plus intenses. Même si la région parisienne n’est pas la plus touchée, le bassin versant de la Seine n’est pas épargné par le risque de stress hydrique, faisant peser un risque de raréfaction de la ressource en eau et de compétition accrue pour son accès.
Quels sont les enjeux en Île-de-France ? Comment les acteurs du territoire peuvent s’adapter pour préserver la ressource en eau ? Quelles initiatives concrètes sont mises en place ?
Pour répondre à ces questions, une table ronde des Rencontres AdaptaVille 2025 a réuni :
Une préoccupation grandissante avec le changement climatique
En Île-de-France, les sécheresses sont peu présentes dans l’imaginaire collectif, elles apparaissent comme une menace lointaine. La région a été relativement épargnée du fait de ses infrastructures robustes. C'est une des raisons qui a motivé l’étude réalisée par l’OCDE sur le sujet, car dans le contexte du changement climatique, cette résilience sera mise à l’épreuve. Celui-ci se fait déjà sentir, avec plus de 2 °C d’augmentation des températures locales, des sols plus secs, des périodes de sécheresses plus longues.
En se poursuivant, le changement climatique entraînera un changement de paradigme, où la sécheresse extrême de 1921 deviendrait un scénario probable.
Les enjeux sont renforcés sur le bassin Seine Normandie par sa densité de population – près de la moitié de la population française y est concentrée – et d’activités humaines et économiques (agriculture, industrie, énergie). Comme l’explique Vincent Graffin, cela entraîne une pression particulièrement forte sur la ressource en eau. Le développement des activités et de la population empêche la baisse des prélèvements et consommations, accroissant le risque de restrictions lors des sécheresses.
En outre, l’artificialisation du territoire qui l’accompagne perturbe le cycle de l’eau : plutôt que de recharger les nappes ou d’être retenue dans des zones humides, une plus grande partie de l’eau de pluie ruisselle vers les réseaux d’assainissement, se déversant rapidement dans l’océan via des cours d’eau toujours plus canalisés. Ce qui rend le territoire encore plus vulnérable aux sécheresses, mais aussi aux inondations.
Une sécheresse majeure coûterait cher
Compte tenu de ces évolutions, une sécheresse majeure pourrait coûter2,5 milliards d’euros sur la région Île-de-France d’après l’OCDE. Un montant considérable, comparable aux dégâts de la tempête Xynthia en 2010 sur la façade Atlantique. Les coûts seraient portés essentiellement par l’agriculture et l’industrie en raison des pertes de rendement des sols et des restrictions d’eau, et dans une moindre mesure sur la production d’énergie, sans oublier les dommages sur les bâtiments.
Des tensions sur l’eau potable
Concernant l’approvisionnement en eau potable, Vincent Graffin rappelle que celui-ci dépend en grande partie des cours d’eau, sur qui la pression est très forte : les débits de la Seine et de la Marne sont d’ailleurs maintenus par les barrages et lacs réservoir en amont – on parle de soutien d’étiage – offrant une illusion de sécurité. Mais en cas d’hiver sec pendant lesquels ces lacs ne pourraient pas se remplir efficacement, une sécheresse prolongée serait dangereuse.
La gestion des cours d’eau et des milieux aquatiques relève de la compétence de la Métropole du Grand Paris. Bertille Puidebat attire l’attention sur les nombreux cours d’eau qui ne bénéficient pas de soutien d’étiage, et qui sont encore plus sujets à la réduction des débits, à l’augmentation de la concentration des polluants et à l’augmentation des températures.
De plus, une grande partie de ces cours d’eau a été canalisée voire recouverte : en Seine-Saint-Denis, seulement 20 % sont à ciel ouvert !
Que faire pour anticiper les risques ?
La priorité : réduire les consommations
Face à ces inquiétudes, la priorité doit être de réduire les consommations d’eaux, avant de réutiliser les eaux de pluies ou les eaux grises. Les consommations des ménages ont un peu baissé ces dernières années, mais il est possible de réduire les pertes sur les réseaux. Le secteur agricole est à surveiller de près pour éviter une hausse des consommations, sachant que les besoins d’irrigation croissent avec l’augmentation des températures.
Pour Sophie Lauvaud, il faut définir qui doit consommer moins et de quelle manière, ce qui implique de bien comprendre la situation de chaque secteur, et entrer dans une planification à long terme. Elle avance également que cet effort et la responsabilité de tous : acteurs privés comme publics. Ainsi l’État et les collectivités doivent accompagner les changements de pratique, tout en agissant à leur niveau dans l’aménagement du territoire.
Mobiliser tous les acteurs du territoire
L’Agence Eau Seine Normandie participe à cette mobilisation collective, en soutenant des mesures vertueuses à travers son programme « Eau, climat & biodiversité », dans lequel la sobriété hydrique est au cœur. Aujourd’hui, de nombreuses aides de l’Agence sont conditionnées à des engagements concrets en la matière, pour le public comme pour le privé. À cela s’ajoute le financement de postes d’animation et des contrats territoriaux avec les maîtres d’ouvrage.
Au cours du 11e programme qui s’est étendu de 2019 à 2024, l’AESN a par exemple accompagné les golfs du bassin sur 13 projets qui ont permis d’économiser 216 000 m3 d'eau.
Restaurer le cycle naturel de l’eau
Les solutions fondées sur la nature, qui reposent sur la restauration ou la protection d’écosystèmes, jouent un rôle essentiel pour restaurer le cycle naturel de l’eau et ainsi rendre le territoire et les milieux naturels plus résilients face aux sécheresses. La Métropole du Grand Paris y œuvre notamment via la renaturation des cours d’eau, avec des études pour cartographier les restaurations possibles et de nouveaux travaux. On peut citer par exemple le réaménagement du vallon du Sausset à Tremblay-en-France ou la réouverture de six secteurs emblématiques de la Bièvre. Elle travaille également sur les zones humides, dans l’optique de multiplier les opérations pour mieux réguler l’eau sur le bassin, tout en favorisant la biodiversité.
Elle agit aussi sur l’urbanisme à travers son Schéma Métropolitain de Cohérence Territoriale (SCoT), qui comporte l’objectif d’atteindre 30 % de coefficient de pleine terre et l’obligation de compenser à hauteur de 150 % en cas d’artificialisation.
Sophie Lavaud a enfin évoqué des exemples venant de l’étranger. Il est possible de s’inspirer de la planification opérée au Royaume-Uni ou à Barcelone, qui ont évalué précisément les déficits d’eau auxquels ils devront faire face pour établir des priorités.