Crise climatique, crise sanitaire : comment mieux protéger les populations face aux canicules ? 

Face à l’augmentation des épisodes caniculaires et aux températures de plus en plus extrêmes, il est nécessaire d’anticiper chaque été pour protéger la santé des populations. Comment les acteurs du territoires peuvent s’organiser ? Retour sur la table ronde des Rencontres AdaptaVille 2025. 
[Article publié le 30 janvier 2026]

Le chantier de l’adaptation à la chaleur est en cours dans les territoires, avec des acteurs mobilisés qui végétalisent, désimperméabilisent et ombragent les villes, isolent et ventilent les bâtiments, sensibilisent les habitants.

En parallèle, il est nécessaire d’anticiper chaque été pour protéger la santé des populations face aux températures de plus en plus extrêmes, et notamment les publics les plus vulnérables. La chaleur constitue en effet un réel risque sanitaire si l’on n’y est pas préparé, pouvant aller jusqu’à la mort ; près de 5 000 décès liés à la chaleur ont eu lieu en Île-de-France lors de la canicule de 2003.

Depuis cette canicule meurtrière, les collectivités et services de santé mettent en place des mesures : appels aux personnes fragiles, recensement des lieux de fraîcheur, mise à disposition de salles climatisées, maraudes, ...

Quels sont les enjeux sanitaires face à la chaleur ? Comment les acteurs du territoire peuvent agir et quelles sont les initiatives mises en place ?  

A ce sujet, l'Agence Parisienne du Climat a réuni plusieurs acteurs franciliens lors de ses Rencontres Adaptaville organisées en novembre 2025 :

  • L’Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France avec Nicolas Herbreteau – Responsable Environnement Extérieur / Pilotage du PRSE Ile-de-France
  • La Ville de Nanterre avec Alexandra Collin – Chargée de projet transition écologique et développement durable
  • La Ville de Paris avec Guillaume Boisgerault – Chargé de mission gestion de crise à la Direction des Solidarités 
 Guillaume Boisgerault, Alexandra Collin et Nicolas Herbreteau aux Rencontres AdaptaVille 2025 - © Sébastien Borda


Quels enjeux sanitaires face aux canicules ?

La thermorégulation du corps humain face à la chaleur


Pour maintenir une température interne autour de 37°C, le corps déclenche des mécanismes physiologiques, comme la transpiration, dès lors que la température extérieure dépasse environ 23°C. Mais lorsque ces mécanismes de thermorégulation sont dépassés, les premiers impacts apparaissent :

  • La déshydratation, particulièrement problématique pour les jeunes enfants et les personnes âgées.
  • L’hyperthermie : la température corporelle n’est plus contrôlée, elle continue d’augmenter et devient alors une urgence vitale. Elle se manifeste par des nausées, des étourdissements, des pertes de connaissance, et peut conduire à des séquelles graves.
  • Les pathologies déjà existantes - diabète, maladies neurologiques, insuffisances - peuvent également être aggravées par les épisodes de chaleur.
Un autre risque lié à la chaleur est celui de l’hyponatrémie : certaines personnes âgées, en buvant trop et trop rapidement, peuvent présenter un déséquilibre dangereux, également considéré comme une urgence vitale.

Enfin, la chaleur a aussi un impact sur la santé mentale : l’augmentation des températures peut perturber l’état psychologique, avec une incapacité à réguler ses émotions, une anxiété exacerbée et une aggravation de pathologies préexistantes.


La chaleur, un risque important pour la santé des populations


Nicolas Herbreteau cite plusieurs indicateurs récents qui peuvent témoigner de l’ampleur du phénomène :

  • 480 décès liés à la canicule en France sont estimés pour le seul épisode du 19 juin au 6 juillet 2025
  • Durant l'été 2024, 3 700 décès et 17 000 recours aux soins d’urgence en lien avec la chaleur ont été comptabilisés
“Ces impacts s’observent sur toute la période de surveillance, du 1er juin au 15 septembre, et pas seulement lors des jours de canicule, en raison de l’affaiblissement progressif des organismes lié à la répétition des épisodes chauds.” – Nicolas Herbreteau, Responsable Environnement Extérieur / Pilotage du PRSE à l'ARS Île-de-France 


Une vulnérabilité accrue pour certains groupes


Certaines populations sont davantage à risque face à la chaleur, du fait de facteurs individuels, environnementaux et sociaux :

  • Les jeunes enfants, particulièrement ceux de moins de deux ans, et les personnes âgées, à partir de 65-75 ans
  • Les femmes enceintes, exposées à un risque de naissance prématurée
  • Les personnes ayant une dépendance à l’alcool ou aux drogues, ou consommant certains médicaments
  • Les personnes en situation de handicap ou souffrant d’obésité
  • Les personnes dont les conditions de vie ou de travail accroissent l’exposition : personnes isolées, sans-abri, gens du voyage, habitants de logements non isolés, travailleurs extérieurs ou exerçant en environnements chauds, scolaires
  • Les personnes en situation d’exposition volontaire comme les événements sportifs ou les sorties scolaires
© Sébastien Borda
Pour mieux comprendre la vulnérabilité de son territoire face aux fortes chaleurs, la ville de Nanterre a mené en 2020 une étude pour cartographier les points chauds et frais et évaluer la sensibilité de la population quartier par quartier, autour de deux indicateurs :

  • Un score de vulnérabilité, regroupant 7 critères : part des moins de 5 ans, des plus de 75 ans, des plus de 80 ans vivant seuls, personnes vivant dans un appartement ou une maison datant d’avant les années 1970, revenu médiant, carence en soins
  • L’inconfort : part d’ICU par quartiers, part d’espaces verts publics par quartier, exposition au bruit, exposition aux polluants atmosphérique
Trois quartiers sont ressortis prioritaires, cumulant vulnérabilités sociales, déficit de végétalisation et forte exposition aux ICU. 




Comment s’organiser pour la protection des populations ?

Le plan canicule


Outil primordial pour organiser la réponse aux canicules, le plan canicule repose sur un système de vigilance météorologique avec Météo-France. Les éléments de risques sont partagés pour la journée mais aussi le lendemain afin d’anticiper les situations de fortes chaleurs.

Au niveau national, le dispositif prend en compte l’ensemble des dimensions d’une situation de chaleur extrême, dont les impacts peuvent toucher tous les secteurs, en particulier le champ sanitaire. Une instruction ministérielle est alors mise en place pour cadrer l’organisation de la gestion de crise. Celle-ci est déclinée au niveau régional et zonal, où elle précise notamment le rôle et les responsabilités des préfectures, qui assurent la coordination des actions et la diffusion des consignes opérationnelles auprès des acteurs concernés.

Au niveau régional, le dispositif ORSAN définit les mesures sanitaires à mettre en œuvre par le système de santé. Chaque service ou établissement hospitalier dispose de son propre plan interne et peut activer ce dispositif pour garantir la prise en charge des patients se présentant aux urgences. Ce système permet notamment de libérer des lits pour anticiper l’afflux, et, en amont, l’installation d’espaces climatisés et l’organisation de l’hydratation par les services médico-social. 

C’est l’expérience de la canicule de 2003, marquée par l’arrivée subite et massive de personnes âgées et l’incapacité initiale à les prendre en charge, qui a conduit à la mise en place du dispositif ORSAN.


Le registre canicule des collectivités


Les collectivités contribuent également à la gestion de la canicule grâce au registre des personnes vulnérables, qui permet de repérer et de suivre les habitants nécessitant un accompagnement spécifique.

À Paris, ce registre prend la forme du dispositif REFLEX, sur lequel les personnes de plus de 65 ans ou en situation de handicap peuvent s’inscrire pour être contactées en période de crise. En 2025, 10 000 personnes y étaient inscrites.

Pour disposer d’un fichier robuste au moment du déclenchement du dispositif, plusieurs actions sont menées chaque année en amont par la ville :

  • Campagne de mise à jour des inscriptions : recrutement de vacataires pour mettre à jour les coordonnées téléphoniques, actualisation avec les données d’état civil
  • Campagne d’inscriptions, menée en interne et avec les partenaires en lien avec les personnes vulnérables
  • Envoi de courriers ciblés, actions d’aller-vers au pied des immeubles, dans les marchés et les pharmacies
  • Durant cette période, chaque nouvel inscrit peut bénéficier d’un ventilateur, livré au mois de juin
© Sébastien Borda
Ensuite, du 1er juin au 15 septembre, la cellule de crise est activée en cas de besoin. Toutes les directions de la ville sont alors mobilisées et agissent en fonction de leurs compétences. 

Le dispositif REFLEX est déclenché dès le niveau 2 renforcé du plan canicule, niveau intermédiaire spécifique à la capitale, activé sur décision de la maire lorsque les températures présentent un risque d’intensification, même en l’absence de déclenchement officiel d'une alerte canicule nationale. Ce niveau permet de lancer une campagne d’appels dédiée aux 3 000 personnes les plus vulnérables parmi les 10 000 enregistrées.
 
Lorsqu’une alerte canicule est déclenchée par le préfet d’Île-de-France, ce sont les 10 000 personnes inscrites qui sont appelées en 48h par un prestataire mandaté par la ville. Les entretiens téléphoniques permettent d’établir la situation de la personne et de lui attribuer un score. Les situations sensibles sont signalées à la Direction des Solidarités (DSOL), qui rappelle ensuite les personnes afin de leur proposer des solutions adaptées :

  • Livraison de ventilateurs
  • Orientation vers des lieux rafraîchis
  • Accompagnement social, réouverture de droits
  • Portage de repas, aide à domicile, visite de courtoisie
  • Aide médicale en lien avec le SAMU
Si la canicule perdure, la campagne recommence à zéro toutes les 48h.


Comprendre l’organisation des populations pour orienter l'action


À Nanterre, l’étude menée a également intégré un diagnostic sensible auprès des habitants et travailleurs, permettant d’évaluer leurs réactions face aux épisodes de chaleur. Un questionnaire et des micros-trottoirs ont recueilli près de 300 réponses.

Lors d’un épisode de chaleur, 83 % des répondants préfèrent rester chez eux. Lorsqu’ils cherchent de la fraîcheur, la plupart fréquentent un espace vert, et 44 % se rendent dans une ville en dehors de l’Île-de-France. 55 % déclarent même être prêts à déménager si les épisodes se reproduisent trop fréquemment.

Les habitants ont également pu exprimer leurs besoins et attentes :

  • Renforcer la présence de l’eau en ville : brumisateurs, plans d’eau
  • Réduire le minéral, utiliser des matériaux adaptés
  • Installer des bancs à l’ombre, des aires de jeux ombragées, et davantage de végétation

Réduire les conséquences de la canicule 

La nécessité d’adapter les villes


Face au changement climatique, l’adaptation doit être structurelle en plus de l’organisation d’une gestion de crise. L'étude menée par Nanterre a par exemple permis de structurer les actions déployées par la ville face à la surchauffe urbaine :

  • Végétalisation des cours d’écoles et des espaces publics
  • Installation de brumisateurs
  • Mise en place d’une charte de qualité pour les constructions neuves
La ville a également saisi l’opportunité de la modification du PLU pour intégrer cet enjeu, notamment via une OAP « Forêt de Nanterre », qui prend en compte la végétalisation et la santé environnementale dans la lutte contre la surchauffe urbaine.


Réduire les inégalités sociales de santé


Face aux épisodes de chaleur, tous les habitants ne sont pas exposés de la même manière ni dotés des mêmes capacités d’adaptation. Les difficultés varient selon le revenu, l’état de santé et la situation d’occupation du logement : les catégories socio-professionnelles ouvrières sont davantage exposées, le risque de décès est multiplié par quatre dans les logements situés sous les toits, et les personnes non-propriétaires n’ont pas la capacité de réaliser des travaux, d’échapper à la chaleur en partant ailleurs ou de mettre en place des dispositifs de climatisation. Pour Nicolas Herbreteau, l’objectif général et prioritaire est donc d’agir pour réduire les inégalités sociales de santé. 


Pour aller plus loin : 



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