Végétaliser l'espace public avec les habitant·es : l'exemple de la requalification de la place de la Nation 

Dans le cadre de la requalification de la Place de la Nation à Paris, la Ville de Paris a fait appel au collectif Coloco&Co pour préfigurer la nouvelle place avec les riverain·es et usager·ères. Pendant plusieurs mois, l'opération "JardiNation" a permis de coordonner de nombreuses actions. 


Enjeux d'adaptation

Apaiser, désimperméabiliser, planter

Cette préfiguration a permis de comprendre les attentes des usager·ères et de les impliquer dans la démarche d'apaisement et de végétalisation de la place.

Finalement, la superficie des espaces verts a été augmentée de 6 000 m², des matériaux clairs ont été choisis, et des espaces de brumisation ont été installés pour rafraîchir les habitant·es.
Points forts

Faire adhérer les habitant·es

  • Un collectif désigné par la municipalité en charge de la reconfiguration et présent sur place pendant plusieurs mois
  • Construction d'un village des jardinier·ères servant de base-vie et de repère pour les animations
  • Une vingtaine d'actions qui a permis de toucher plus de 2 000 usager·ères
Demolition Party organisé par le collectif avec les habitant·es en avril 2017 - © Coloco&Co
Pablo Georgieff, du collectif Coloco&Co présente le projet - © Coloco&Co
Description de la solution

Impliquer les usager·ères dans la reconfiguration et la végétalisation d'une place

Domaine d'application : Espace public

En 2015, la Ville de Paris a annoncé la reconfiguration de sept places parisiennes et a souhaité dès le début du projet associer les citoyen·nes, avec notamment des concertations préalables. 

Dans le but d'acter ce principe de co-construction, la municipalité a fait appel à des collectifs qui se sont implantés sur chaque place pour inciter les usager·ères à prendre part au projet et identifier davantage leurs besoins.

Place de la Nation, c'est le collectif Coloco & co, constitué d’urbanistes, botanistes, ingénieur·es, artistes et architectes qui a été choisi par la Ville de Paris en 2017 pour investir la place. En se rendant présent·es, et visibles sur le chantier, ils·elles ont réussi à obtenir une forte adhésion de la population.

Cette préfiguration en temps réel a contribué à la réussite du projet en l'adaptant aux attentes et usages des riverain·es.

Voici les différentes actions qui ont été mises en place pour inviter les usager·ères à imaginer et co-construire la future place.

Réduction de la place de la voiture et sécurisation des mobilités douces


Pour rendre l'espace aux piéton·nes et aux mobilités douces, des GBA (systèmes temporaires de protection du trafic) ont été dans un premier temps installés tout autour du rond-point. Ils ont permis de séparer les 26 m de l'anneau routier en deux : 12 m pour les voiture et 14 m pour les piétons et mobilités douces. Cela a permis de sécuriser un espace central de 6 000 m² investi par les habitant·es et le collectif. Piéton·nes, cyclistes et skateur·euses se sont réapproprié·es l'endroit en toute sécurité, protégé·es des voitures. 

Dans le projet final, cette configuration a été préservée mais deux modifications principales ont été apportées :

  • Les GBA ont été remplacés par une butte végétalisée qui atténue le bruit de la circulation et protège les contre-allées transformées en zone piétonne ou zone de rencontre ; 
  • Un revêtement clair a été choisi pour l'espace de voirie consacré aux mobilités douces autour de l'espace central afin de moins emmagasiner la chaleur dans le sol.


Création d'un village des jardinier·ères


Pour faire vivre cet espace central, le collectif Coloco & Co a choisi de créer un « village des jardinier·ères » servant de base-vie aux animations et aux travaux de réaménagement de la place. Quatre conteneurs ont été installés. Ils ont permis la mise en place d’ateliers de menuiserie et de cuisine, ainsi que le stockage et la mise à disposition de matériel (pioches, brouettes, etc.) servant à jardiner et à créer du mobilier urbain.

Pour toucher une population plus jeune, des équipements sportifs et des espaces de détente ont été installés, ainsi qu'une ludothèque temporaire. Les centres de loisirs à proximité ont aussi été impliqués dans le projet.

Des événements ont également été organisés pour animer le lieu :
 
  • des conférences, des concerts, des pique-niques,
  • des expositions pour expliquer le projet aux habitant·es,
  • un atelier de construction de mobiliers temporaires,
  • un atelier in situ de sensibilisation sur le thème de l’accessibilité de la future place avec la Direction de la voirie et les usager·ères
  • des demolition party

Au total, la vingtaine d'actions organisées par le collectif a permis de rassembler plus de 2 000 personnes autour du projet.


Qu'est-ce qu'une Demolition party ? 


À plusieurs reprises, les habitant·es ont étés invité·es par le collectif à venir casser l'asphalte du trottoir périphérique du rond-point lors de « demolition party ». 

Les demolition party ont été suivies de séances de jardinage qui ont permis de créer de nouveaux jardins avec des végétaux acquis à la pépinière de la Ville de Paris.

Au total, plus de 1 000 végétaux ont été plantés. La végétation a été sélectionnée et choisie par le collectif pour ses qualités de résistance à la chaleur et économie en eau. Ces opérations ont permis de créer 800 m² de nouvelles pelouses et 400 m² de jardins.  



Expérimentation de la solution

Co-bénéfices

Co-bénéfices environnementaux :

  • Préservation de la biodiversité
  • Réemploi de matériaux

Co-bénéfices autres :

  • Création de lien social 
  • Lien entre la Ville et les usager·ères

Complexité et contexte de mise en oeuvre

Action possible au moment de l’étude d'avant projet, où les futurs espaces verts sont définis. 

Cette action demande une organisation et l’implication des services de la ville qui encadrent le collectif sur les questions de sécurité et de logistique.

Ces opérations se font dans un contexte où il est possible de mobiliser du public : dans des zones d’habitations denses, où il existe la présence d’un tissu associatif déjà existant.

Les préfigurations nécessitent du temps de présence sur site, sur un temps long, et sont à favoriser sur des projets d’aménagement importants.
Coûts

Coût du diagnostic sensible 


Les missions de diagnostic sensible se déroulent sur 4 mois et coûtent 60 000€HT.

Coût de la préfiguration


Les missions de préfiguration s’étendent sur 6 mois et coûtent 200 000 €HT. A noter : la préfiguration a permis de repenser le projet initial et de faire certaines économies sur le coût global du projet (transformation du rond-point central en parc urbain mais conservation d’une partie de la voirie existante).  

Coût d'une demolition party


Pour un événement tel qu’une « demolition party », qui se déroule sur deux jours, le coût global est de 20 000 €HT. Il comprend les honoraires du collectif, le prêt du matériel et l’achat de plantations qui s’élève à 2 900 €HT.
Retours utilisateurs-rices

Un bilan positif pour la Ville de Paris

« La qualité de cette action a permis de sensibiliser d’une part les usager·ères sur la question complexe de la désimperméabilisation et de la qualité des espèces à planter en milieux urbain dense.

Cela a permis également une acculturation des services de la ville sur des méthodes participatives et de préfigurations. L’opération a bénéficié d’une grande visibilité médiatique ». Jean-Christophe Choblet, Direction de la Voirie et des Déplacements, Service des Aménagements et des Grands Projets, Ville de Paris

Retours et conseils du collectif 

« Le fonctionnement en collectif, et la grande disponibilité de plusieurs personnes sur site sont des facteurs clés de réussite pour réussir une préfiguration. La mobilisation d’une personne relai entre le collectif et l’administration est également primordiale pour assurer le succès de l’opération, dont le succès dépend également des moyens attribués et de la volonté politique consacrée au projet.

Concernant les points d’amélioration, le collectif note le besoin de mieux anticiper la protection de ce qui avait été réalisé par les usager·ères lors de la première phase du projet, et les enjeux de pérennisation des collectifs de jardinier·ères ». Pablo Georgieff - Co-fondateur de Coloco

Cette manière de travailler peut représenter un saut culturel par rapport à la manière de faire des collectivités, mais l’expérience a été perçue comme extrêmement positive par le collectif qui se dit disposé à recommencer.

Pour Coloco, c’est « une invitation à l’œuvre, à prendre part manuellement à la construction de l’espace public dans la convivialité et le partage ». 

Site(s) pilote(s)


Contacts

Porteur·se du projet : Coloco&Co, Ville de Paris 

Contact opérationnel : 

Pablo GEORGIEFF
Co-fondateur de Coloco
Chef d’Atelier Paris

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Ressources complémentaires


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