La Halle Climat : un projet pour rafraîchir autrement et naturellement les bâtiments

Dans cet article, nous donnons la parole à l’architecte Andrej Bernik du cabinet Fieldwork Architecture. Avec un travail centré autour des opportunités pour répondre aux enjeux de chaleur en ville, Andrej nous propose une nouvelle manière de penser la ville à travers l’idée d’une Halle Climat, imaginée avec Icade : un lieu hybride entre extérieur et intérieur, pensé pour apporter de la fraîcheur naturellement grâce à des automates rafraîchissants.
Article publié le 20 septembre 2021

La Halle Climat est un cahier de prospective réalisé par Fieldwork architecture grâce au soutien d'Icade, également partenaire d'AdaptaVille. L'article ci-dessous donne la parole aux architectes qui ont travaillé sur ce projet et qui nous en disent plus. 

Une étude prospective pour trouver des alternatives à la climatisation standardisée

Comment créer une source d’air frais naturel à l’intérieur d’un bâtiment ? Telle est la problématique à laquelle le projet « Halle Climat » répond : par des moyens inspirés de la nature et de l’architecture vernaculaire.

« Les procédés de rafraîchissement passif sont bien connus dans l’architecture traditionnelle en France comme ailleurs dans le monde. Dans ce projet, nous évoquons les grands principes que ce savoir mobilise puis nous interprétons ces phénomènes physiques à l’échelle et à vue d’architectes : pour créer ce que nous appelons des « automates rafraîchissants ».

Les automates rafraîchissants : qu'est-ce que c'est ? 


« Ces outils sont des modules qui abaissent la température de l’air naturellement. Les automates ne sont pas seulement des modules ou des mécanismes. Ils redessinent aussi l’espace : en y aménageant des alvéoles où l’on peut entrer pour se reposer, se réunir, attendre, travailler. »

« Pour ce faire, on mobilise différents phénomènes physiques tels que l’évapotranspiration, l’ombrage, le stockage de la fraîcheur, la création de mouvements d’air. »
 


 Halle Climat - Les automates rafraîchissants - ©Fieldwork architecture

Quelques exemples d'automates rafraîchissants...


1/ Jouer avec l'eau pour rafraîchir l'air par évaporation 


  • La pluie intérieure : "un mécanisme puise l'eau de pluie récupérée et la transforme en pluie fine. Au centre de cette averse localisée, se trouve un espace resté au sec et où l'air est rafraîchi. Une salle de réunion peut y prendre place : la pluie, comme un rideau, créant une intimité visuelle et sonore."
  • Les roseaux : "dans un plan d'eau, des tubes en terre cuite délimitent un espace et créent un écran d'intimité. L'eau remonte par capillarité dans les pores du matériau. L'air se rafraîchit en passant à travers ces roseaux pétrifiés. Sur un banc adossé à cet espace, on s'installe à l'abri des roseaux pour attendre ou pour déjeuner au frais."

2/ Utiliser la masse pour restreindre l'amplitude thermique grâce à l'inertie


  • La grotte : "une large masse en matériau à forte inertie est creusée et percée. Comme dans une cave, la température de cette grotte varie très peu dans l'année. On peut y installer une salle d'exposition, une salle de cours ou une projection. La grotte dégage du frais dans l'ensemble de l'espace où elle est aménager."
  • La crevasse : "la fraîcheur souterraine est restituée dans l'air par une faille modelée dans le sol dans laquelle on peut se promener, s'asseoir, s'installer. L'air brasse les parois de cette crevasse construite et ventile l'ensemble de l'espace."

3/ Créer une brise à l'effet rafraichissant, en tirant partie notamment de "l'effet Venturi" 


  • La vague de vent : "des pales mobiles articulées sur une structure suspendue, créent un ventilateur géant. Sous ce "plafond ventilant", un espace d'attente, une terrasse de café ou des fauteuils sont exposés à la brise d'air."
  • Le delta d'air : "un jeu de murs et de parois courbes vient accentuer la circulation de l'air et créent au centre un espace ventilé. Cet espace séparé du reste du lieu, offre une intimité propice à l'installation d'une terrasse de café, d'une salle de conférences, d'un espace d'exposition..."

4/ Protéger du rayonnement solaire pour rafraichir les espaces intérieurs de leur ombre


  • Le porteur d'ombre : "un mur s'élève au-dessus de la toiture bloquant les rayons du Soleil : il protège la toiture vitrée du rayonnement direct, tout en préservant la luminosité."

5/ Des végétaux pour engendrer de l'ombre et de l'évapotranspiration


  • Les lianes : "des lianes ou plantes tombantes, suspendues à une structure, délimitent un espace de réunion ou de rencontre, en offrant intimité et fraîcheur."

Une étude de cas : la Halle Climat

« Nous proposons aussi de créer un réservoir d’air frais où l’air extérieur est rafraîchi par des techniques passives. Ce réservoir est équipé d’automates rafraîchissants et fait sas entre les environnements intérieur et extérieur. C’est ce sas qui est à la fois un espace agissant sur les climats et un lieu habité que nous avons appelé « Halle Climat ». Une vaste verrière protégée par des brise-soleils créée une poche d’air frais qui ventile les bâtiments.

Halle Climat - ©Fieldwork architecture


Halle Climat - Le circuit de l'air - ©Fieldwork architecture
 

« On peut entrer dans la Halle : la traverser, y travailler, y patienter. Certaines activités jusque-là situées à l’intérieur du bâtiment y sont déplacées. Ce nouveau lieu fait office de hall unique ouvert sur les immeubles et l’espace public. On y trouve un accueil et un espace d’attente, peut-être un café ou une salle d’exposition.

Ce lieu dédié au travail comme à la détente est mutualisé par plusieurs bâtiments. La Halle peut encore être un îlot, un jalon de fraîcheur au cours d’une déambulation urbaine.

La Halle Climat se situe à la jonction entre extérieur et intérieur ou encore entre espace public et privé. Elle est un exemple de bâtiments hybrides bien connus, comme les passages couverts à proximité des grands Boulevards à Paris. Cette notion d’espaces mixtes peut être réinvestie pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui : pour adapter les bâtiments et faire de nos villes un endroit où mieux vivre les nouvelles conditions climatiques.

Nous avons imaginé le bâtiment comme une structure permanente. Mais il pourrait aussi prendre la forme d’une installation temporaire érigée pour un temps, durant la saison estivale, par exemple. Le projet présenté ici est une variante parmi d’autres.

La Halle Climat propose une réflexion sur la ville aux collectivités, aux aménageurs, architectes, urbanistes, promoteurs ou « programmistes » intéressé·es par un regard nouveau sur les pieds d’immeubles.

Partant de là, du bas des immeubles, la Halle assure un confort thermique d’été, une régulation naturelle de température tout en anticipant une évolution des usages et des fonctions des bâtiments. Une nouvelle interaction espace privé - espace public s’ouvre à nous.
 
Au cours de notre exercice de la profession d'architecte, nous avons constaté que, dans les projets de construction, le sujet du rafraîchissement n’était abordé que sous un angle très « technique » et traité par le corps d’état CVC (chauffage, ventilation et climatisation). Ainsi, les solutions apportées visaient à répondre aux contraintes réglementaires, pas aux contraintes environnementales. »
 
« Plus qu’une solution formelle, la Halle Climat est l’illustration d’une nouvelle façon d’envisager l’architecture, capable de concevoir l’habitat en pensant nos interactions avec la planète. »

Penser le confort thermique autrement

Pour les architectes, il s'agit aussi de repenser notre façon de définir le "confort thermique" :

« La crise climatique offre l’opportunité de réinterroger les températures optimales que nous avons nous-mêmes décrétées. Accepter de se prêter au jeu, c’est contribuer à répondre à la question qui s’impose à tous·tes : comment habiter raisonnablement ce monde qui se réchauffe ? Il est en tout cas dérisoire de chercher à fixer un point médian universel : 

« Non, le confort, ce n’est pas forcément 21 °C, au bureau comme dans sa salle de bains, du 1er janvier au 31 décembre. »

La crise climatique est un levier qui nous permet aussi de nous recentrer sur la mission fondamentale du bâti, qui est de nous protéger du froid, de la pluie, du vent et de la chaleur. L’architecture peut répondre à ce besoin sans recourir à des technologies énergivores.
 
De nouveaux types d’espaces et d’autres modes de vie amélioreront notre quotidien dans un environnement très majoritairement bâti et urbain. C’est la voie qui s’impose pour retrouver des rythmes plus naturels. »














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