Adapter les modalités et tenues de travail à la chaleur et aux canicules

Risques pour la santé, multiplication des accidents du travail, baisse de productivité : la chaleur impacte de nombreux secteurs et se révèle particulièrement dangereuse pour les salariés les plus exposés. A l'heure actuelle, il n'existe  pas de température maximale au-dessus de laquelle on ne peut pas travailler et les obligations qui incombent aux employeurs sont minimales. Certains employeurs vont au-delà de la réglementation et adaptent l’organisation du travail de leurs entités pour permettre la continuité de l’activité et le bien-être de leurs salariés, c'est par exemple le cas de Besançon, que nous avons interrogé. 


Enjeux d'adaptation

Préserver la santé des salariés exposés à la chaleur

Nausées, vertiges, pertes de vigilance, déshydratations et coups de chaleur qui peuvent être mortels, le nombre d’accidents du travail liés à la chaleur semble augmente et semble pourtant largement sous-estimé.

Entre 2017 et 2022, 54 travailleurs seraient morts au travail des suites de l’exposition à de fortes températures (Santé Publique France). Rien qu’en 2022, Santé Publique France a dénombré 7 accidents mortels liés à la chaleur au travail.

Par ailleurs, l’Organisation Internationale du Travail a évalué, pour une intensité de travail modérée, une baisse de la performance du travailleur de l’ordre de 50 % pour des températures de 33°C et 34°C. 
Points forts

Des mesures de prévention indispensables à mettre en place

  • Maintien de l'activité
  • Protection de la santé des salariés
  • Existence de solutions comportementales / organisationnelles
  • Maintien de l'attractivité de certains métiers
  • Considération et bien-être des salariés
A Besançon, les agents bénéficient d'équipements de protection individuels adaptés à la chaleur. © Samuel Lelièvre
Description de la solution

Prévenir les risques liés à la chaleur : une obligation qui incombe à l’employeur mais pas de température maximum

Comme l’explique l’Institut National de la Santé et de la Sécurité au travail (INRS) en France, le code de travail ne fixe pas de température au-delà de laquelle il est interdit de travailler. Même si la réglementation peut être amenée à évoluer à l’avenir, il revient actuellement à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de ses salariés.

L’INRS recommande d’anticiper la gestion des épisodes de fortes chaleurs ou de canicule par la mise en place de plusieurs mesures :

1. Identifier les risques liés à l’organisation au poste de travail, à la nature des tâches, aux locaux et les retranscrire dans le document unique d’évaluation des risques professionnels de l’entreprise.
2. Mettre en place une feuille de route pour mettre en œuvre des actions de prévention.

L’employeur se doit également de :
 
  • Mettre à disposition des travailleurs de l’eau potable et fraîche pour la boisson,
  • Veiller à ce que l’air soit renouvelé et ventilé dans les locaux fermés de manière à éviter les « élévations exagérées des températures » (mais il n’a pas l’obligation d’installer un dispositif de climatisation),
  • Fournir au salarié des moyens de protection contre les fortes chaleurs et/ou des moyens de rafraîchissement,
  • Respecter les recommandations prescrites dans le cadre du plan national canicule.
En cas d’alerte canicule, notamment en cas d’alerte rouge canicule, l’employeur est soumis à plusieurs autres obligations et doit réévaluer quotidiennement les risques pour chacun de ses salariés. Il doit réajuster l’organisation du travail. Si les risques sont trop importants, l’employeur doit alors décider d’arrêter les travaux.

A partir de quelle température le travail devient-il dangereux ?

En règle générale les points de repère 30°C pour une activité sédentaire et 28°C pour une activité physique sont donnés. Néanmoins, de nombreux facteurs sont à prendre en compte dans l’évaluation du risque. Le risque n'est pas si : 

  •  l’on est sédentaire ou si l’on exerce une activité physique,
  • l’on travaille dans un environnement sec et abrité ou dans un environnement humide,
  • l'on est très exposé au rayonnement solaire ou que l'on subit des déplacements d’air très chauds,
  • l’on doit porter une tenue ou un équipement très chaud, 
  • l’on doit porter des charges lourdes,
  • l’on est en plus ou moins bonne santé…

Quels sont les métiers les plus exposés à la chaleur ?

Voici la liste des corps de métier les plus exposés selon l’INRS: bâtiment, voirie, mines, fonderie, verrerie, aciérie, soudure, agriculture, jardinage, teinturerie, blanchisserie.

Pour une collectivité par exemple, de nombreux corps de métiers sont concernés. Ce sont les services des espaces verts, de la voirie qui seront très exposés. Mais aussi les agents qui travaillent dans des milieux très exposés à la chaleur comme en cuisine par exemple.

Il devient alors impératif d’anticiper les conséquences de vagues de chaleur.

Exemples de mesures de prévention à mettre en place pour protéger les salariés de la chaleur

Les mesures de préventions varient selon le poste, le type d’activités, les locaux. Mais une palette de mesures revient systématiquement. En général, elles se fondent sur le principe suivant : éviter et limiter au maximum l’exposition à la chaleur.

Elles sont ci-après listées par l’INRS :

  • Adapter les horaires de travail, notamment pour les travaux à l’extérieur afin d’éviter les périodes de la journée où il fait le plus chaud.
  • Permettre aux salariés d’adopter leur propre rythme au travail et favoriser le télétravail (en cas de fortes chaleurs, les transports en commun sont très souvent surchauffés et le temps de trajet peut devenir un facteur de risque).
  • Augmenter la fréquence, la durée des pauses et les faire dans des lieux frais.
  • Mécaniser certaines tâches.
  • Installer des ventilateurs et climatiseurs dans les locaux, comme dans certains engins de chantier (à noter : les ventilateurs sont moins consommateurs en énergie, et ne rejettent pas de chaleur à l’extérieur contrairement aux climatiseurs. De plus, les climatiseurs mobiles sont très peu efficaces énergétiquement.).
  • Prévoir des stores et des zones ombragées.
  • Offrir un accès à l’eau ou des boissons fraîches.
  • Privilégier le travail en équipe pour inciter à l’entraide.
  • Organiser les secours…
Nous pouvons aussi rajouter la bonne gestion et utilisation des bâtiments : anticiper les ouvertures des fenêtres la nuit, penser à bien fermer les occultations, à aérer quand il fait plus frais dehors, à limiter le recours à des équipements qui produisent de la chaleur (éteindre les équipements électroniques non utilisés, cuisiner froid, etc.).

A plus long terme, on peut aussi envisager d’adapter les bâtiments en prenant en compte le confort d’été dans leur conception : pose d’occultations, pare-soleil, matériaux qui maximisent l’effet d’inertie, ventilation, géothermie, rafraîchissement adiabatique…

A titre individuel il faut penser à :


  • Se protéger la tête et les yeux en extérieur
  • Boire très régulièrement de l’eau sans attendre d’avoir soif
  • Eviter de trop manger, éviter l’alcool qui favorise la déshydratation
  • Eteindre le matériel électrique non utilisé et toute source de chaleur inutile
  • Adapter sa tenue : vêtements amples, clairs, favorisant l’évaporation de la sueur (privilégier les matières naturelles comme le lin par exemple).
  • Adapter les tenues : le rôle joué par l’employeur

Adapter les tenues : le rôle joué par l’employeur

Pour les employés qui doivent porter des uniformes ou des équipements individuels de protection, il est important de noter que l’employeur a le droit d’imposer des restrictions seulement si elles sont justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionné au but recherché. Il peut donc imposer une tenue pour des raisons d’hygiène, de sécurité, ou en cas de contact avec la clientèle.

Néanmoins, l’employeur peut essayer de trouver des tenues plus adaptées à la chaleur : matières respirantes et légères, tenues plus maniables… c’est par exemple ce qui a été fait à Besançon (voir plus bas) ou bien la RATP : en donnant la possibilité à ses conducteurs de porter des jupes et des shorts mis à disposition par la régie.

S’adapter au climat c’est aussi sortir des dogmes. Au même titre que porter un col roulé en hiver, l’été, l’employeur doit encourager le port de tenues plus adaptées au climat. Cela passe par permettre aux salariés de venir en bermudas, adopter le port de chaussures ouvertes, ne pas imposer le port de la cravate, etc.

Le saviez-vous ? Au Japon, le port des cravates est interdit en été ! C'est l'objet d'une campagne dite du « Cool Biz », qui a été mise en place par le gouvernement dès 2005 et qui vise à encourager le port de vêtements légers et décontractés lorsqu'il fait chaud. Cela permet aussi de limiter la consommation dû à la climatisation.

Exercer son droit de retrait en cas de fortes chaleur

Bien qu’il n’existe pas dans la loi de température au-dessus de laquelle un salarié peut quitter son poste de travail, certains salariés peuvent faire valoir leur droit de retrait s’ils estiment qu’il y a un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé.

En pratique, le droit de retrait est très peu exercé dans les petites entreprises. Ils ont davantage lieu dans les entreprises où les syndicats sont bien représentés.

Expérimentation de la solution

A Besançon : la Ville a mis en place différentes mesures pour protéger les agents de l'exposition à la chaleur

En août 2023, nous avons interrogé Samuel Lelièvre, directeur Biodiversité et Espaces Verts à Besançon, dont le service regroupe 140 agents, dont 100 agents de terrain (principalement des jardiniers). La démarche de la Ville de Besançon a été lauréate de l'appel à candidature AdaptaVille en 2023

La Ville de Besançon travaille beaucoup sur la question de l’adaptation aux impacts du changement climatique, mais le sujet de l’adaptation des conditions de travail des agents est surtout remonté via le prisme qualité de vie au travail.

« Les agents avaient fait remonter de longue date que leurs tenues et leurs équipements individuels étaient peu ergonomiques. Certains se découpaient eux-mêmes des bermudas dans les pantalons de terrain. » 

Les revendications des agents ont transité via différents canaux :
 
  • Le bouche à oreille
  • L’encadrement hiérarchique
  • Les assistants de prévention qui sont des acteurs relai sur la sécurité au travail

L’adaptation des tenues à la chaleur


Après avoir identifié les conditions et les tâches pour lesquelles il était possible d’adapter certaines tenues et les améliorations à prévoir, des modifications ont été intégrées au marché des vêtements de la Ville.

L’objectif était de permettre d’avoir des Equipements de Protection Individuels (EPI) adaptés mais sécurisants.

Certaines tâches rendent possible le port de bermudas par exemple, c’est le cas du ratissage, des plantations, de la conduite…

Pour les autres activités qui nécessitent un pantalon long, comme par exemple le débroussaillage, la pose d’enrobé, celui-ci peut être conçu dans des matières plus légères et respirantes que les tenues traditionnelles.

Des gourdes, et des casquettes ont aussi été intégrés aux équipements.

L’adaptation des horaires pour travailler à la fraîche


Concernant les horaires, les agents remontaient qu’ils étaient très soumis aux fortes chaleurs. Des demandes de prises de postes anticipées et de travail en horaire continue jusqu’à la mi-journée ont été formulées.

Après avoir identifié les pratiques possibles, le décalage des horaires de certains activités a été mis en place. Par exemple, les agents qui utilisent dans leur travail des chalumeaux et qui sont dès lors très exposés à la chaleur commencent plus tôt, à 4h du matin en l’occurrence et finissent avant les heures les plus chaudes de la journée.

L’adaptation du parc de matériel 


Pour éviter de générer trop de chaleur dû aux équipements thermiques, et limiter les sources de bruit, le parc de matériel des agents des espaces verts a été électrifié. Cela permet de travailler plus tôt ou plus tard dans des secteurs densément peuplées et sensibles au bruit. L’activité est ainsi beaucoup moins dérangeante pour les riverains.

Plus de télétravail pour les agents de bureau afin de limiter les déplacements


Alors qu’habituellement le nombre de jours de télétravail est limité à 2 jours par semaine, la ville autorise 4 jours de télétravail en période de forte chaleur. Il est aussi possible de prévoir le déplacement de postes de travail dans des lieux plus frais. Des tenues plus légères sont autorisées, et la ville met à disposition de ses salariés des ventilateurs, voire des blocs clim dans les locaux les moins ventilés et les plus chauds.




Retours utilisateurs-rices

A Besançon, une démarche satisfaisante pour tout le monde

L’adaptation des modalités de travail a permis une considération des agents (essentielle et qui n’a pas de prix), un maintien de l’activité et de l’efficacité, et de continuer à rendre attractif ces métiers.

Co-bénéfices

Co-bénéfices environnementaux :

  • Limiter la climatisation

Co-bénéfices autres :

  • Santé des salariés
  • Poursuite de l'activité
  • Maintien de la productivité
Coûts
Pour la Ville de Besançon, l’adaptation des modalités de travail n’a pas été chiffrée mais ne présente pas de surcoût excessif.

L’amélioration des conditions de travail permet aussi de limiter la perte d’efficacité des salariés qui est inévitable lorsque l’environnement est trop chaud et les risques pour la santé des salariés.   

Complexité et contexte de mise en oeuvre

Les points clefs qui ont permis le succès de l’opération à Besançon

Le rôle des organisations syndicales a été déterminant car elles ont permis de relayer des situations problématiques, de faire remonter des réponses différentes selon les directions.

Un groupe de travail à l’échelon des directeurs a également permis de faire synthétiser les informations remontées et définir le cadre des actions à mettre en place. Cela a permis d’avoir une cohérence globale, de démultiplier l’action et d’adapter les conditions d’un maximum d’agents concernés par ces problématiques.

Il est primordial que les agents soient associés pour choisir les vêtements, les essayer et déterminent ceux qui sont les plus maniables et adaptés.  

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